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Accepter de ne pas tout connaître


Dernier ajout : 13 février 2019, par Oxfam-Québec

Accepter de ne pas tout connaitre.
par Florie Le Liboux, Oxfam-Québec, Bénin (Cotonou)

Il est samedi 26 janvier 2019, 15h. Durant l’atelier Levier du pouvoir citoyen, influence et plaidoyer donné par Éduconnexion, on se questionne sur les étapes nous permettant d’évoluer dans notre engagement. Au fil de mes gorgées de café avalées, j’apprends que je peux me positionner de simple observatrice (le socle) à leader (le sommet), en passant par, dans l’ordre, suiveuse, endosseuse, contributrice et finalement propriétaire. Cette gradation permet de s’attribuer réellement une cause, un enjeu, et poser des actions concrètes qui en découlent. Dans le cas de Québec sans frontières, je peux me définir aujourd’hui comme contributrice à la fois en termes de temps et d’argent. Le projet que nous allons mener au côté d’Assovie, notre organisme partenaire terrain au Bénin, me permettra sans doute de passer au stade de propriétaire, en épousant totalement la cause défendue afin qu’elle devienne aussi la mienne. Il ne faut pas y voir ici une hiérarchie de pouvoir, mais plutôt une manière de reconnaître et définir les enjeux qui nous tiennent à cœur afin de bâtir un socle solide et devenir un réel moteur de changement et de transformation sociale.

Il est maintenant 19h. Après avoir avalé mon souper je me rends dans la salle intimement surnommée la salle au courant d’air gelé pour y rencontrer une étudiante Béninoise arrivée au Québec il y a plus de 2 ans afin de continuer au cycle supérieur à l’Université Laval. Quand elle nous demande chaleureusement de lui poser des questions, je n’ai envie que de lui répondre ‘’racontez-moi tout’’. En fait, c’est difficile de savoir quoi demander sur une culture, sur ses habitants, sur la ville dans laquelle nous allons vivre pendant 2 mois et demi. Alors, petit à petit, chacun dans la salle y va de ses interrogations. Et je me demande à quel point il faut que j’apprenne sur le Bénin avant de partir, j’ai l’impression qu’un monde inconnu s’ouvre devant moi. Entre la découverte sur le terrain, et la bonne préparation, il doit sûrement exister un juste milieu. Il faut laisser une place à l’apprentissage là-bas, ne pas arriver en pensant que l’on sait déjà tout, mais en même temps c’est important je crois d’arriver en ayant déjà une bonne idée de certains enjeux et aspects de la société, ce qui permettra de poser les bonnes questions aux bonnes personnes. La problématique sur laquelle notre stage porte, soit celle des enfants accueillis dans des familles et travaillant dans des marchés, nécessite, je pense, un minimum de recherches pré départ : quel est le contexte qui mène à cela ? Le sujet est-il tabou ? quelles sont leurs conditions, qui sont les responsables… bref, entre la théorie que je peux apprendre d’ici et la pratique sur le terrain je me dis qu’il doit y avoir un fossé, mais que quand même il faut que j’y aille préparée.

Il est dimanche, 15h, dernière journée d’une fin de semaine riche en émotions, éclatante de connaissances et précieuse de relations humaines. Accepter de ne pas tout connaitre. Cette phrase résonne en moi dans cet amphithéâtre rempli de jeunes ayant tous (au moins) un point en commun, celui de se lancer dans la folle expérience d’un stage en solidarité internationale. Ces paroles d’or qu’Émilie Nicolas, co-fondatrice de Québec inclusif, nous a offertes, sont une belle leçon d’humilité et d’acceptation de l’autre. En fait, c’est ça Québec sans frontières. Accepter de ne pas tout connaître, c’est avant tout accepter que l’autre puisse nous apprendre autant que nous pouvons lui apprendre, que nous sommes égaux. Accepter de ne pas tout connaître, c’est aussi avoir le courage de réfléchir, de questionner, de cultiver l’intérêt pour des enjeux importants. Dans cet amphithéâtre où chacun(e) d’entre nous a ses propres raisons de vouloir partir ailleurs, on peut tous et toutes être certain(e)s d’une chose : il va falloir que l’on garde ce goût d’apprendre et que l’on ramène les idées de là-bas ici. Comme nous l’a si bien rappelée Émilie Nicolas, il faut réfléchir aux liens entre ce qui se passe ici et ce qui se passe là-bas, il faut considérer la planète dans son ensemble. Un ensemble complexe et devant être fraternel. On commence à prendre conscience que finalement, on est tous dans le même bateau, notamment face aux changements climatiques. On doit s’accrocher à ça pour croire qu’il y a autre chose de possible.

Ce message nous a été transmis à plusieurs reprises durant la fin de semaine, et l’on ressort de là remplis d’ondes positives et d’envie de poser des actions.
Sur le chemin du retour vers Montréal, je repense à cette phrase. Accepter de ne pas tout connaître. Et je me dis, que de faire le trajet dans un autobus scolaire jaune est un drôle de parallèle avec la période de l’enfance, période d’innocence, de questionnement et d’apprentissage.


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