Du 2 au 5 décembre 2024, une délégation jeunesse du Comité québécois femmes et développement (CQFD), dorénavant appelé le Collectif québécois des féminismes en dialogue, de l’AQOCI a pris part au 15e Forum d’AWID, un événement international rassemblant des militant·e·s féministes du monde entier pour discuter des enjeux et des stratégies en faveur des droits des femmes et de la justice de genre.
Par : Erika Massoud, Libertad Benito Torres, Tamara Jacod, Julie McClatchie, Caterina Milani (Québec)
Cette année, le Forum d’AWID s’est tenu à Bangkok, en Thaïlande, et il a offert un espace d’échange et de mobilisation pour les mouvements féministes globaux.
Une présence québécoise engagée et dynamique
Parmi les participant·e·s de la délégation québécoise figuraient des jeunes représentant·e·s d’organisations de la société civile engagées en faveur de l’égalité des genres et de la justice sociale. Leur participation visait à renforcer les alliances avec des groupes internationaux et à s’inspirer des initiatives féministes d’ailleurs dans le monde, en particulier les luttes des féministes du Sud global. Ce forum leur a permis d’acquérir de nouvelles connaissances, tant au niveau personnel que professionnel, ce qui permettra d’informer leurs pratiques de leurs organisations respectives.
Plusieurs rencontres et une formation pré-départ ont eu lieu afin d’échanger sur les objectifs et l’engagement de la délégation jeunesse. En plus de leurs participations à différentes activités et manifestations sur place, les délégué·es ont également participé à une activité initiée par le CQFD, ainsi qu’à une activité publique, un panel de discussion sur Le rôle de la participation citoyenne pour le climat, la biodiversité et les droits des femmes,au retour, pour témoigner de leur expérience à leur retour.
Des échanges enrichissants et des réflexions inspirantes
Les membres de la délégation ont pris part à divers panels, ateliers et discussions portant sur des thématiques aussi intéressantes et variées telles que:
- Les pistes de solidarité entre les mouvements pour les droits des travailleuses migrantes domestiques de la Jordanie à l’Indonésie;
- Les stratégies pour contrer les mouvements anti-droits et financer les mouvements féministes à l’échelle mondiale;
- Les luttes anticoloniales et féministes contre le génocide en Palestine, les guerres au Soudan et au Congo, et ailleurs dans le monde;
- Le féminisme noir en Afrique du Nord et les luttes des femmes noires dans cette région;
- Les réflexions sur le mouvement #MeToo et son impact au niveau global, en présence de la fondatrice du mouvement, Tarana Burke;
- L’action climatique féministe et les luttes des peuples autochtones des îles du Pacifique.
Un point marquant de la programmation fut l’offre d’activités artistiques, dont des projections de film, concerts de musique, ateliers d’arts plastiques, mettant de l’avant la diversité de tactiques de résistance et d’expression féministe. Les membres de la délégation ont eu l’occasion de participer à des ateliers pratiques et des actions concrètes, tel qu’un atelier d’auto-défense et d’écriture de lettres pour soutenir des féministes activistes emprisonnées.
Étant organisé en Thaïlande, le Forum a aussi mis de l’avant les mouvements féministes de l’Asie du Sud-Ouest, dont les luttes des femmes autochtones dans la région et les mouvements pour les droits des personnes LGBTQI+. L’accessibilité dans toutes ses formes était au cœur des engagements du Forum et un service d’interprétation dans une dizaine de langues a facilité la participation de nombreux groupes.
Témoignages des participantes
Erika Massoud, coopérante volontaire en Jordanie avec l’Entraide universitaire Mondiale du Canada (EUMC), souligne l’importance de cette participation : « Le Forum d’AWID nous a permis d’aller à la rencontre de féministes de partout dans le monde et d’en apprendre plus sur leurs luttes face aux multiples systèmes d’oppression, dont le colonialisme, le patriarcat et le racisme systémique, pour en nommer que quelques-uns. J’ai été particulièrement marquée par la solidarité présente au Forum, ainsi que la pluralité des voix. Ce fut un moment pour se connecter, partager et se ressourcer entre féministes. »
De son côté, Libertad Benito Torres, conseillère principale en genre auprès d’Équitas souligne que « l’expérience au Forum d’AWID a été véritablement transformatrice. Généralement, nous passons notre temps devant un écran et nous n’avons pas souvent l’opportunité de nous rassembler avec d’autres féministes du monde pour imaginer ensemble le futur et passer à l’action collective. Cela crée une distance entre les mouvements sociaux (féministes, décoloniaux, antiracistes et queer) et les organisations de solidarité internationale. La dépolitisation du travail pour la justice de genre et les exigences des bailleurs de fonds nous éloignent souvent de ces luttes essentielles.
De plus, la domination des espaces sur l’égalité de genre par des organisations et des bailleurs du Nord est une réalité courante dans la solidarité internationale. Cependant, au Forum d’AWID, les voix et le leadership des féminismes du Sud global étaient au centre. Cela réaffirme la nécessité de remettre en question les rapports de pouvoir entre le Nord et le Sud global dans l’élaboration des stratégies visant à aborder les inégalités de genre, les violations aux droits humains et les injustices sociales, économiques et politiques. Quels savoirs, quelles approches, quels outils et quelles voix guident nos actions ?
Cette expérience m’a permis de me reconnecter, d’apprendre, de me ressourcer et de renouveler mon engagement envers la justice sociale, la lutte féministe et la défense et la protection des droits humains. L’utilisation de l’artivisme pour faire avancer l’égalité de genre, ainsi que la joie comme émotion motrice de l’action collective, ont été particulièrement marquantes.»
Tamara Jacod, chargée de politiques et de développement en éducation inclusive à Humanité & Inclusion, souligne que, dans le contexte géopolitique actuel et face aux coupes dans l’aide internationale, les forums comme AWID jouent un rôle crucial.
« Plus que jamais, ces espaces sont essentiels pour renforcer les liens entre les organisations internationales et les acteurs locaux engagés en faveur de la justice sociale. Ils permettent de mutualiser nos forces, d’échanger des stratégies et de bâtir des solidarités indispensables pour surmonter les défis actuels. »
Julie McClatchie, analyste politique à Oxfam Québec avance que: « Le forum a été une démonstration éclatante de la puissance d’un mouvement et des féministes qui le compose : un espace où les expériences et les luttes pour la justice climatique, économique et sociale s’entrelacent et se renforcent. J’y ai vu une énergie collective indomptable, portée par des personnes militantes du monde entier, déterminées à bâtir un avenir plus juste. Cet engagement radical et solidaire rappelle que le changement ne vient jamais d’en haut, mais des individus qui, ensemble, refusent l’injustice et ouvrent de nouvelles voies d’espoir et de transformation. »
Un engagement qui se poursuit
De retour au Québec, les membres de la délégation comptent poursuivre le travail amorcé lors du Forum en partageant les apprentissages et en renforçant les réseaux de solidarité. C’est dans cet esprit que Julie McClathie, analyste politique à Oxfam Québec, a participé à la Semaine du développement international, au panel de discussion Le rôle de la participation citoyenne pour le climat, la biodiversité et les droits des femmes, organisé par l’AQOCI, le 6 février 2025 à la Maison du développement durable, à Montréal. Lors de ce panel, deux autres jeunes femmes s’étant rendu l’automne dernier à la COP16 sur la biodiversité à Cali, en Colombie, à la COP29 sur le climat à Bakou, en Azerbaïdjan, étaient également présentes. Les discussions ont porté sur les résultats de ces trois événements, les intersections entre les différents enjeux et le rôle de la participation citoyenne afin de faire progresser la lutte contre les changements climatiques, pour la biodiversité et pour les droits des femmes et l’égalité des genres. Cet événement s’inscrivait également dans les États généraux québécois de la solidarité internationale lancés en juin 2024 et qui se concluront par une grande conférence en juin 2025.
Libertad, personne conseillère en genre chez Equitas, et sa collègue Valérie Séguin, qui a également participé au Forum d’AWID avec la délégation Réseau de coordination des conseils, ont organisé une séance de partage avec l’équipe d’Equitas. «Cette opportunité a été un privilège que nos collègues n’ont pas eu, et nous voulions à la fois démocratiser les savoirs et les expériences vécues tout en renforçant la sensibilité et les capacités de nos collègues pour faire avancer l’égalité de genre.»
Elles ont organisé un panel au cours duquel elles ont présenté le contexte de la conférence d’AWID. À travers différentes questions, elles ont exploré ce qu’elles ont apprécié (comme l’utilisation de méthodologies variées, la création d’un espace inclusif et sécuritaire pour toutes les personnes féministes, y compris les personnes LGBTQI+, ainsi que la représentation des voix du Sud) et comment intégrer ces éléments dans leur travail et celui de l’organisation. Parmi les pistes identifiées : une plus grande utilisation de l’art, un soutien accru aux mouvements féministes et aux espaces d’apprentissage féministes, l’adoption d’un langage plus accessible et la création d’espaces d’apprentissage plus inclusifs, sécuritaires et accessibles.
Le Forum de l’Association pour les droits des femmes dans le développement 2024 a été une occasion privilégiée de mettre en lumière l’importance de la collaboration et du dialogue international pour faire avancer les luttes féministes et diversités sexuelles et de genre. Une expérience inspirante qui, sans aucun doute, aura un impact durable sur les initiatives québécoises en matière de justice de genre et au-delà.
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