Document de plaidoyer de l’AQOCI pour la COP31
La COP31 sur le climat se tiendra du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Türkiye. Sous le thème d’une « COP de la mise en œuvre », la présidence de la COP veut transformer les engagements déjà adoptés en actions et en résultats concrets.
Parallèlement, du 14 au 18 novembre, le Sommet des peuples rassemblera la société civile et les peuples autochtones du monde entier pour faire entendre leurs voix en faveur de la justice climatique.
Les enjeux de la COP31
Le succès de la COP31 dépendra de sa capacité à débloquer les négociations laissées en suspens à Bonn en juin dernier, où les divergences demeurent importantes sur l’atténuation, l’adaptation, le Fonds pour l’adaptation et la transition juste. Trois tensions traverseront la plupart des discussions : l’ambition climatique et la mise en œuvre, notamment pour la sortie des combustibles fossiles; l’action climatique et les moyens de mise en œuvre, avec le financement climatique des pays du Sud global au cœur des négociations; et l’urgence climatique et l’équité.
Pour l’AQOCI, une « COP de la mise en œuvre » n’a de sens que si elle est aussi une COP de la justice climatique. Passer des engagements à l’action exige que celle-ci soit financée, équitable et dirigée par les personnes et les communautés les plus touchées par la crise climatique.
Notre participation
L’AQOCI sera présente à la COP31 avec une délégation de sept jeunes militant·es pour la justice climatique. Notre participation vise à :
- Amplifier les voix des communautés les plus affectées par la crise climatique, particulièrement dans les pays du Sud global ;
- Poursuivre notre plaidoyer auprès des décideur·euses québécois·es et canadien·nes pour une justice climatique féministe ;
- Renforcer nos alliances avec la société civile du Québec, du Canada et de l’international sur les enjeux environnementaux et de justice sociale.
Notre vision et nos engagements
Notre vision s’ancre dans l’espoir d’un monde juste, inclusif et respectueux de l’environnement et des droits humains, où la solidarité internationale est indissociable des luttes contre les inégalités. Elle est fondée sur des valeurs féministes, antiracistes, pacifistes et écologistes, et s’inspire de la Déclaration d’engagement adoptée en juin 2025 à l’issue des États généraux québécois de la solidarité internationale, appuyée par plus de 100 organisations.
Nous partageons l’analyse de l’Appel du Sommet des peuples pour le climat : la crise climatique est une crise du vivant, produite par un système fondé sur les énergies fossiles, l’extractivisme, la concentration du pouvoir économique et de fausses solutions climatiques. Cet ordre est soutenu par le patriarcat, le racisme, l’autoritarisme, l’impérialisme et le colonialisme. Comme les peuples et les communautés les moins responsables de la crise en subissent les conséquences les plus lourdes, nos luttes n’en forment qu’une : il n’y a pas de justice climatique sans paix, sans démocratie et sans droits humains.
Nous dénonçons les fausses solutions climatiques et l’écoblanchiment, et nous appelons les États à maintenir le réchauffement sous 1,5 °C par des politiques qui placent la justice sociale, raciale et économique au cœur de l’action. Nous les exhortons aussi à respecter la liberté d’expression et à mettre fin à la criminalisation des défenseur·es des terres et de l’environnement.
Ce document de plaidoyer a été élaboré en collaboration avec les membres de notre délégation jeunesse et d’autres délégations jeunesse du Québec qui participeront à la COP31, en s’inspirant également des analyses et demandes de nos alliés comme le Comité de coordination des organisations autochtones du bassin amazonien (COICA), le Réseau latino-américain pour la justice économique et sociale (LATINDADD), IBON International et diverses coalitions auxquelles nous participons.
DEMANDES POLITIQUES
Transformer l’architecture du financement climatique pour garantir la justice climatique
Les pays du Nord global n’ont pas respecté leurs engagements en matière de financement climatique. Les mécanismes financiers de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) demeurent limités, alors que les besoins des pays du Sud global sont estimés à au moins 1 300 milliards USD par année. Le temps presse : il faut des solutions différentes, rapides et qui garantissent un accès juste au financement climatique. Sans une transformation du système financier international et de l’architecture du financement climatique, dans le respect des droits humains, des droits de la nature et des limites planétaires, les efforts pour combler le déficit de financement resteront insuffisants[1].
Le défi n’est pas, comme on le présente souvent, un manque de ressources publiques, mais un problème de structure fiscale, de gouvernance et de répartition du pouvoir. Le système actuel favorise la concentration de la richesse et le maintien de modèles économiques extractivistes et consuméristes, tout en limitant la capacité fiscale des pays les plus touchés par la crise climatique. Les pays du Sud global ne font pas face à un déficit de financement, mais à un système qui extrait plus de ressources qu’il n’en redonne et qui aggrave les vulnérabilités.
La COP31 doit être l’occasion de passer d’approches fondées sur la dette et les mécanismes de marché à des solutions publiques, équitables et alignées sur la justice climatique.
Dans le cadre de la COP31, nous appelons les États :
- à respecter de toute urgence leurs engagements en matière de financement climatique et de réduction des émissions, principalement celles issues des énergies fossiles, sans accentuer l’extractivisme dans le Sud global.
- à accroître le financement climatique public, sans dette ni conditions, pour les pays du Sud global, en fonction des besoins réels. Cela inclut la mise en service rapide du Fonds pour répondre aux pertes et dommages créé à la COP27, qui doit garantir un accès direct et additionnel aux groupes les plus touchés par la crise climatique.
- à réformer l’architecture du financement climatique en multipliant les guichets d’accès direct pour les acteurs non gouvernementaux, en créant davantage de fonds gérés par les groupes les plus vulnérabilisés, et en simplifiant et accélérant l’accès aux fonds existants. Il est inacceptable qu’un projet prenne des années à être approuvé en pleine urgence climatique[2].
- à appuyer l’annulation ou l’allègement de la dette des pays du Sud global par les créanciers publics, bilatéraux et multilatéraux, en reconnaissance de la dette climatique, écologique et coloniale des pays du Nord global, ainsi qu’un moratoire pour les pays touchés par des événements climatiques extrêmes.
Garantir un financement climatique canadien de qualité, qui n’aggrave pas la dette et qui répond aux besoins d’adaptation et de pertes et dommages
Le nouvel engagement du Canada de 5,9 milliards de dollars canadiens en financement climatique international est une occasion importante de renforcer sa contribution à la justice climatique. Toutefois, la qualité du financement importe autant que son volume. Plusieurs pays du Sud global particulièrement exposés aux changements climatiques font déjà face à des niveaux élevés d’endettement. Leur imposer de nouvelles dettes pour s’adapter à une crise à laquelle ils ont historiquement peu contribué accentuerait les inégalités existantes.
Les communautés les plus vulnérables ont aussi besoin de ressources pour s’adapter et de soutien pour faire face aux conséquences auxquelles il n’est plus possible de s’adapter. Or, la mobilisation d’investissements privés, qui occupe une place importante dans les nouvelles orientations canadiennes, ne répond pas nécessairement à ces besoins : les projets d’adaptation et les interventions liées aux pertes et dommages offrent généralement moins de possibilités de rendement financier[3]. Des cibles publiques permettraient en outre à la société civile de suivre la mise en œuvre de l’engagement canadien et d’en évaluer les résultats.
La COP31 doit être l’occasion pour le Canada de démontrer que son financement est à la hauteur des besoins et de la justice climatique.
Dans le cadre de la COP31, nous appelons le Canada :
- à maintenir une part ambitieuse de son financement climatique sous forme de subventions et à privilégier un financement qui n’engendre pas d’endettement pour l’adaptation, les pertes et dommages et les pays particulièrement vulnérables, notamment les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID)[4].
- à adopter une cible d’allocation de son financement climatique international de 40 % pour l’adaptation, 40 % pour l’atténuation et 20 % pour les pertes et dommages, et à l’intégrer dans un cadre public de mise en œuvre de son engagement de 5,9 milliards $ CA.
Faire de la justice de genre un pilier de l’action et du financement climatiques
Les femmes et les filles, particulièrement celles des communautés marginalisées et vulnérables aux changements climatiques, subissent de manière disproportionnée les conséquences de la crise climatique. Les inégalités structurelles limitent leur accès aux ressources et aux espaces de décision, alors qu’elles jouent un rôle essentiel dans les solutions climatiques, notamment grâce à leurs savoirs et à leur engagement communautaire.
L’adoption du Plan d’action sur le genre de Belém (2026-2034) constitue une avancée importante. Comme le souligne la Women and Gender Constituency (groupe constitutif Femmes et genre de la CCNUCC), l’enjeu est désormais de traduire les engagements en mesures concrètes qui s’attaquent aux inégalités structurelles et renforcent le pouvoir d’agir des femmes.[5]
La COP31 doit être l’occasion d’accélérer la mise en œuvre du Plan de Belém et de faire de la justice de genre un principe transversal de l’action et du financement climatiques.
Dans le cadre de la COP31, nous appelons les États :
- à assurer une mise en œuvre ambitieuse du Plan d’action sur le genre de Belém, en y consacrant des ressources adéquates et en établissant des mécanismes transparents de suivi et de reddition de comptes, fondés sur des données ventilées selon le genre, l’âge et d’autres facteurs d’inégalités.
- à renforcer la participation et le pouvoir décisionnel des femmes dans l’action climatique, notamment en reconnaissant leurs savoirs traditionnels et expérientiels, en tenant compte de leur contribution disproportionnée au travail de soin et en soutenant leur participation aux négociations climatiques, y compris aux COP.
- à accroître substantiellement le financement climatique international directement accessible aux organisations féministes et de défense des droits des femmes, particulièrement dans les pays du Sud global, en privilégiant les subventions plutôt que les prêts et des mécanismes de financement souples et prévisibles.
- à intégrer systématiquement la justice de genre et l’intersectionnalité dans leurs programmes de coopération climatique internationale, en soutenant des initiatives qui réduisent les inégalités structurelles et renforcent le leadership et le pouvoir d’agir des femmes.
Reconnaître le rôle crucial des peuples et territoires autochtones et garantir un financement direct
Les peuples autochtones, qui représentent moins de 5 % de la population mondiale, protègent 80 % de la biodiversité restante de la planète. Leurs territoires, qui couvrent environ 28 % de la surface terrestre, sont des refuges essentiels face à la crise environnementale[6]. Pourtant, l’Amazonie et d’autres territoires autochtones sont au bord du précipice : l’extractivisme, la déforestation, l’exploitation minière et pétrolière, le trafic de drogue et les fausses solutions climatiques menacent ces écosystèmes vitaux et les peuples qui les habitent depuis des temps ancestraux.
Face à cette urgence, les peuples autochtones du bassin amazonien ont déclaré l’état d’urgence lors du XIIe Forum social panamazonien (FOSPA) en août 2026. Leur message est clair : ils ne sont pas seulement des victimes de la crise climatique, mais des actrices et acteurs du changement et des porteurs de solutions. Leurs systèmes de gouvernance, leurs savoirs ancestraux et leurs économies propres, fondés sur le bien-vivre, la solidarité et l’harmonie avec la Terre, offrent des voies concrètes pour l’atténuation et l’adaptation[7].
Pourtant, leur participation demeure insuffisante et leurs droits territoriaux continuent d’être violés. Les mécanismes de financement climatique leur restent largement inaccessibles, et le financement indirect perpétue la dépendance et limite leur pouvoir décisionnel.
La COP31 doit être l’occasion de reconnaître les peuples autochtones comme des acteurs incontournables de l’action climatique et de leur donner les moyens d’exercer leur autodétermination.
Dans le cadre de la COP31, nous appelons les États, incluant le Canada :
- à reconnaître l’autodétermination des peuples autochtones comme fondement de l’action climatique, en établissant des relations de gouvernement à gouvernement avec eux et en reconnaissant leurs systèmes de gouvernance territoriale comme base principale pour orienter les politiques environnementales nationales et infranationales.
- à garantir la protection intégrale des territoires autochtones en les déclarant zones d’exclusion des activités extractives[8], particulièrement dans les bassins de l’Amazonie et du Congo ainsi que dans la forêt boréale du Canada.
- à établir des mécanismes de financement direct, accessibles et suffisants en créant ou en soutenant des canaux de financement direct vers les organisations et les fonds territoriaux autochtones, comme le mécanisme Amazonía para la Vida en Amazonie ou le REPALEAC Fund en Afrique centrale, afin d’éliminer l’intermédiation excessive[9].
- à intégrer les territoires autochtones dans le cadre des pertes et dommages en incluant la restauration et le rétablissement de ces territoires dans le programme de pertes et dommages, sous la direction des peuples autochtones eux-mêmes.
Favoriser une implication significative des jeunes dans l’action climatique locale et internationale
L’environnement est un enjeu de société qui concerne toutes les générations. Les jeunes d’aujourd’hui seront toutefois parmi les personnes les plus touchées par les changements climatiques au cours de leur vie. Leur implication dans les décisions politiques est non seulement une question d’équité, mais aussi une condition essentielle à une action climatique crédible et ambitieuse. Pour être significative et non symbolique, cette participation doit s’appuyer sur des jeunes informé·es, outillé·es et représentatif·ves de la diversité des profils et réalités vécues, notamment sur les plans territorial, autochtone, socioéconomique, de genre et des capacités.
Or, de nombreux jeunes se sentent déconnecté·es des enjeux environnementaux, faute d’information accessible et de formation adéquate. La désinformation climatique aggrave cette situation et freine la transition[10]. Les jeunes doivent aussi être préparé·es aux emplois d’avenir qu’exige cette transition.
La COP31 doit être l’occasion pour les jeunes d’être des acteurs et actrices à part entière dans l’action climatique, et non de simples observateurs·trices.
Dans le cadre de la COP31, nous appelons…
les États :
- à soutenir la participation des jeunes au processus des COP en garantissant des espaces de décision formels et permanents, avec droit de parole et de vote, et en adoptant les paragraphes 35 (b) et (c), en négociation dans le cadre de l’efficacité du processus de la CCNUCC, qui facilitent l’accès à des activités de renforcement des capacités pour les jeunes négociateurs et négociatrices[11].
le Canada :
- à lutter contre la désinformation climatique en adoptant un cadre réglementaire visant à contrer les menaces numériques dans le but d’offrir des espaces sécuritaires où les jeunes ont accès à une information fiable et de qualité sur les médias sociaux.
- à soutenir la création d’emplois d’avenir de qualité en environnement et en durabilité, en offrant un financement stable aux employeurs qui les offrent, et en veillant à ce que ces possibilités soient accessibles dans toutes les régions du Canada.
- à assurer les actions requises pour la réussite de ses engagements climatiques et l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050.
le Québec :
- à faire de l’éducation et de la formation en environnement une priorité, à tous les niveaux, du primaire à l’université, y compris dans les programmes qui mènent à des postes décisionnels. Cela implique d’adopter une approche systématique plutôt que des initiatives isolées.
- à créer un Comité conseil jeunesse permanent sur l’environnement à l’Assemblée nationale, indépendant, représentatif de la diversité des jeunes et des territoires, adéquatement financé et doté d’un rôle qui dépasse la consultation, avec un suivi des engagements gouvernementaux et une reddition de comptes dans une perspective intergénérationnelle. Le gouvernement du Québec a refusé cette demande en février 2026, malgré une motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 2022. Nous invitons le gouvernement actuel à la reconsidérer.
SOURCES
[1] Latindadd. 2026. El mito de la escasez: financiar la vida o sostener privilegios de los deudores climáticos.
[2] Latindadd. 2026. Financiamiento climático justo. ¿Cómo se negocia y qué está en juego?
[3] Canadian Coalition on Climate Change and Development (C4D). 2026. Technical Brief on Canada’s International Climate Finance Policy Framework.
[4] Idem
[5] Women and Gender Constituency. 20 juin 2026. SB64 Outcome Statement: Feminists are Fighting, but Delay and Distraction are Marking this Process.
[6] FAO. Peuples autochtones: alliés essentiels pour la durabilité et la sécurité alimentaire.
[7] Foro Social Panamazónico. 2026. Mandato de los Pueblos y Naciones Indígenas en Puyuk 2026: Agenda política, económica y social para la Cuenca Amazónica.
[8] COICA. 2025. Amazonía en peligro de extinción.
[9] Global Alliance of Territorial Communities. 2026. Gender-Responsive Direct Funding for Indigenous Peoples and Local Communities: Lessons from Territorial Funds.
[10] Équiterre. 2026. La menace de la désinformation. Comprendre les enjeux de la désinformation et de polarisation pour mieux nous protéger.
[11] International Institute for Sustainable Development (IISD). 2025. UN Climate Change Conference – Belém, November 2025. Daily report for 14 November 2025.


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